Peut-être que cette charmante vicomtesse, femme vaillante, spirituelle et sensée, n’aurait pas eu si grande frayeur si le médaillon eût renfermé un autre portrait.

Au moins, ç’aurait été le gage d’une faute. Le monde n’aurait pu rire de si bon cœur.

On se demande avec stupéfaction d’où vient le magique pouvoir du rire des sots.

La vicomtesse ne donna qu’un coup d’œil au médaillon, mais elle y joignit un baiser. Une larme vint à ses yeux; puis un sourire mutin chassa cette larme.

Le médaillon fut remis à cette chère place que M. le vicomte de Grévy ne se doutait certes point d’occuper.

—Plût à Dieu qu’il en fût selon les paroles de la baronne!... murmura-t-elle;—pour toute récompense, je ne demanderais que son affection.

Le cœur fait toujours cette faute de français. Ce n’était pas l’affection de la baronne que madame de Grévy demandait à Dieu.

Mais bientôt un nuage plus sombre vint attrister son gracieux visage.

—Il faudrait d’abord réussir, reprit-elle;—et quelle chance puis-je avoir?...—Celui-là, continua-t-elle en reportant les yeux sur le portrait de M. le baron du Tresnoy,—avait pour lui tout ce qui fait la force d’un homme: le bon droit, la ferme volonté, la science des lois, l’expérience, le rang, le pouvoir... Et celui-là n’a pu soutenir la lutte contre cette femme... Moi, je suis faible; moi, je suis seule; moi, je n’ai ni acquis ni prudence... ma présence même en ce lieu prouve que je suis une folle...

Elle avança la main pour prendre le troisième cahier.