—C’est une chose bien singulière, dit-elle en refermant la porte avec soin;—Juliette, qui a pourtant beaucoup de dispositions,—tous ses maîtres sont d’accord là-dessus,—prend trois fois par semaine une demi-leçon de dix francs... et certes, c’est lourd pour un budget comme le nôtre... M. du Tresnoy a laissé une fortune très-bornée... Trente francs tous les huit jours... cent vingt francs par mois... Eh bien, elle ne fait pas de progrès... Vous comprenez bien, ma toute belle, que mon envie n’est pas que ma fille acquière un talent d’artiste... mais j’avais désiré une jolie force d’amateur... cela fait bien dans le monde, et, quoi qu’on dise, cela aide à s’établir... Dans mon plan, Juliette tenait le piano et Dorothée chantait... Il y a des maisons où l’on aime cela... J’ai souvent regretté, quand j’étais jeune, de n’avoir pas un talent...

Elle vint s’asseoir, en parlant ainsi, auprès de la vicomtesse, qui ne l’écoutait point.

—Eh bien, s’interrompit-elle en posant sa main sur le genou de madame de Grévy,—nos impressions?... Comment trouvons-nous tout cela?...

Elle s’arrêta en remarquant la maladive pâleur qui envahissait les joues de la jeune femme.

—Écoutez donc! fit-elle;—cela ne m’étonne pas, chère petite... on aurait peur pour moins que cela.

Madame de Grévy dit:

—Vous vous trompez, je n’ai pas peur.

—Alors, vous êtes brave comme les preux de la table ronde, ma toute belle... mais, malgré tout votre courage, il me semble que vous allez prendre mal... Vous ferai-je apporter quelque chose?

—De l’air!... murmura la vicomtesse, dont le front était humide;—je voudrais un peu d’air.

La baronne courut ouvrir la fenêtre.