Juliette trouvait peu de danseurs, malgré les fruits savoureux du Midi et les fleurs confites qui formaient sa coiffure; Dorothée, nonobstant les feuillages trop touffus dont elle avait ombragé sa chevelure, n’en trouvait point du tout et restait sur sa chaise.

A cause de cela, elles pouvaient se donner tout entières aux impressions du moment.

Elles s’y donnaient avec la rancune amère des grandes filles qui font tapisserie.

En conscience, elles espéraient pis que pendre, et leurs dents de vaincues s’aiguisaient pour dévorer les catastrophes à venir.

Cela ne les empêchait pas de mordiller à droite et à gauche, pelotant en attendant partie.

—Quelle cohue! disait mademoiselle Juliette.

—On ne sait, en vérité, répondait mademoiselle Dorothée,—d’où sortent tous ces gens-là!

Gens de peu, petites gens, gens du plus mauvais ton, qui ne faisaient danser ni mademoiselle Dorothée ni mademoiselle Juliette!

Deux jeunes vicomtes de province, ayant encore le duvet des fruits de Béziers ou de Saint-Brieuc, vinrent en ce moment solliciter les mains de ces demoiselles pour la prochaine contredanse.

Madame la baronne du Tresnoy avait bien reconnu dans cet envoi la main charitable de Béatrice; mais mademoiselle Juliette ni mademoiselle Dorothée ne voient jamais ces choses-là.