Moïse, dont nous citions tout à l’heure la baguette, éprouva un sort analogue. Il ne lui fut point donné de passer la frontière de Chanaan.

Hélas! il est des sentences écrites au livre mystérieux des destinées. M. le baron de Rothschild lui-même ne pourrait pas reconstruire le temple de Salomon. Peut-être est-il écrit là-haut que la barrière des Paillassons ne sera jamais percée!


A peine Barbedor et M. Garnier de Clérambault venaient-ils de se séparer, qu’on put entendre un léger coup de sifflet à quelque cinquante pas de là, dans la direction de la rue de l’École.

C’était une nuit triste et froide. Il n’y avait point de lune. Les lueurs rouges qui sortaient du château de la Savate faisaient paraître, par ce contraste, les ténèbres plus profondes. Par une opposition analogue, le silence et l’abandon semblaient s’augmenter de tous les bruits joyeux qui sortaient de la maison de Barbedor.

L’endroit où Garnier était resté seul regardait la façade donnant sur le jardin, et enfilait de profil cette contre-façade qui formait, du dehors, maison séparée et jouait habitation bourgeoise.

Les fenêtres de cet annexe n’étaient point éclairées.

Au contraire, on voyait briller dans l’obscurité toutes les croisées de la salle et celles du café-estaminet, situé du côté de la ruelle Saint-Fiacre.

Le lieu, comme nous avons dû le dire, ne présentait par lui-même absolument rien de pittoresque. C’étaient des terrains vagues, coupés de murs bas et caducs, où croissaient çà et là, parmi les légumes, quelques arbres fruitiers rabougris. Mais la nuit change si étrangement la physionomie des paysages, que ces marais prenaient en ce moment physionomie de vaste et mélancolique solitude.

La lumière basse qui venait des fenêtres illuminées prolongeait à l’infini l’ombre du moindre arbrisseau.