LA FÉE DES GRÈVES
Paul Féval (père)
Publication en 1850
Table des matières
- [I. La cavalcade.]
- [II. Deux porte-bannières.]
- [III. Fratricide.]
- [IV. Veillée de la Saint-Jean.]
- [V. Un Breton, un Français, un Normand.]
- [VI. Ce que Julien avait appris au marché de Dol.]
- [VII. À la guerre comme à la guerre.]
- [VIII. L'apparition.]
- [IX. Maître Gueffès.]
- [X. Douze lévriers.]
- [XI. Course à la fée.]
- [XII. Les mirages.]
- [XIII. Où l'on parle pour la première fois de maître Loys.]
- [XIV. Prouesses de maître Loys.]
- [XV. À quand la noce ?]
- [XVI. Amel et Penhor.]
- [XVII. La faim.]
- [XVIII. Jeannin et Simonnette.]
- [XIX. Le départ.]
- [XX. Deux cousins.]
- [XXI. La rubrique du chevalier Méloir.]
- [XXII. Frère Bruno.]
- [XXIII. Comment Joson Drelin but la rivière de Rance.]
- [XXIV. Dits et gestes de frère Bruno.]
- [XXV. Gueffès s'en va en guerre.]
- [XXVI. Avant la bataille.]
- [XXVII. Le siège.]
- [XXVIII. Où Jeannin a une idée.]
- [XXIX. Le brouillard.]
- [XXX. Où maître Vincent Gueffès est forcé d'admettre l'existence de la Fée des Grèves.]
- [XXXI. Où l'on voit revenir maître Loys, lévrier noir.]
- [XXXII. Le tube miraculeux.]
- [XXXIII. Les lises.]
- [Épilogue : Le repentir.]
I. La cavalcade.
Si vous descendez de nuit la dernière côte de la route de Saint-Malo à Dol, entre Saint-Benoît-des-Ondes et Cancale, pour peu qu'il y ait un léger voile de brume sur le sol plat du Marais, vous ne savez de quel côté de la digue est la grève, de quel côté la terre ferme. À droite et à gauche, c'est la même intensité morne et muette. Nul mouvement de terrain n'indique la campagne habitée ; vous diriez que la route court entre deux grandes mers.
C'est que les choses passées ont leurs spectres comme les hommes décédés ; c'est que la nuit évoque le fantôme des mondes transformés aussi bien que les ombres humaines.
Où passe à présent le chemin, la mer roula ses flots rapides. Ce marais de Dol, aux moissons opulentes, qui étend à perte de vue son horizon de pommiers trapus, c'était une baie. Le mont Dol et Lîlemer étaient deux îles, tout comme Saint-Michel et Tombelène. Pour trouver le village, il fallait gagner les abords de Châteauneuf, où la mare de Saint-Coulman reste comme une protestation de la mer expulsée.