— Simonnette est belle et bonne, reprit la fée ; rends-la heureuse.

— Oh ! quant à ça, soyez tranquille !

— Prie Dieu pour monsieur Hue de Maurever, ton seigneur, qui est dans la peine, poursuivit encore la fée, et s'il a besoin de toi, sois prêt !

— Dam ! fit Jeannin avec embarras, je ne suis pas bien brave, vous savez, bonne dame ! Mais c'est égal, je commence à croire que je deviendrai un homme un jour ou l'autre ! Et, tenez, j'avais bonne envie des cinquante écus nantais, n'est-ce pas, puisque j'ai osé courir après vous pour les avoir ? Eh bien ! ce soir, le chevalier qui est là-bas m'a dit : « Si tu veux me livrer le traître Maurever, tu auras cinquante écus nantais ». Moi, j'ai pris mes jambes à mon cou…

— Est-ce que tu sais où se cache monsieur Hue ? demanda la fée.

— Je pêche quelquefois du côté de Tombelène, répondit Jeannin qui eut un sourire sournois.

La fée tressaillit, puis elle lui prit la main. Jeannin trembla bien un peu, mais ce fut par habitude.

— Si on t'appelait au nom de la Fée des Grèves, dit-elle, viendrais-tu ?

— Par ma foi, oui ! répondit Jeannin sans hésiter ; maintenant, j'irais !

— C'est bien… souviens-toi et attends. Adieu ! La fée franchit d'un bond la queue de la mare Cayeu. Le vent du large prit son voile qui flotta gracieusement derrière elle. Jeannin resta frappé à la même place.