— Penhor, ma chère femme, dit-il un jour, tisse un voile à sainte Marie, mère de Dieu, et nous aurons peut-être un petit enfant.

Penhor tissa un voile à sainte Marie, mère de Dieu, un voile blanc comme la neige, et plus transparent que la brume légère des soirées d'août.

La mère de Dieu fut contente, Amel et Penhor eurent un petit enfant. Ils s'aimèrent davantage auprès de son berceau.

Quand l'enfant eut neuf jours et que Penhor fut relevée, Amel prit le berceau dans ses bras pour porter l'enfant au baptême.

Le baptême reçu, Penhor souleva le berceau à son tour. Elle fit le tour de l'église et gagna l'autel de la Vierge.

— Marie ! ô sainte Marie, dit-elle agenouillée, l'enfant que tu nous as donné, je te le rends ; qu'il soit à toi et qu'il grandisse voué à ta couleur divine. Regarde-le, sainte Marie ; il s'appelle Raoul, comme le père de son père. Regarde-le, afin que tu le reconnaisses au jour du péril.

Amel répondit :

— Ainsi soit-il. La couleur de Marie est le bleu du ciel. L'enfant Raoul grandit sous cette pieuse livrée. Il était beau ; il avait les blonds cheveux de sa mère et l'œil noir d'Amel, le vaillant pasteur, son père.

On ne sait si ce fut à cause des péchés des gens de Saint-Vinol ou à cause des péchés de toutes les paroisses de la côte. Une nuit, nuit de grand malheur, l'eau du Couesnon s'enfla comme le lait bouillant qui franchit les bords du vase.

Le vent soufflait du nord-ouest ; la pluie tombait, la terre tremblait.