La faim qui est à votre faim quotidienne ce que la mort est au sommeil, ce que le gril des martyrs est au foyer qui chauffe doucement la semelle de vos souliers.
La faim, le grand supplice !
Vous n'avez jamais eu faim ? tant mieux ! que Dieu vous en préserve !
Celui qui écrit ces pages a eu faim. Il sait quelques-unes des phases de cette lente et terrible agonie.
Il est un moment bizarre où la faim raille et joue. On est encore bien loin de la mort. On souffre, mais la force n'est presque pas entamée, les jambes restent fermes, et c'est à peine si quelques éblouissements courent au-devant des yeux.
On a des rêves, tout éveillé ; entre quatre murs, le phénomène du mirage se produit.
Le vide se meuble. Tout ce qui se mange vient se ranger sur la pauvre table nue. L'étalage d'un marchand de victuailles n'est rien auprès du magnifique buffet que sait vous dresser la faim.
Hue de Maurever en était là.
Il ne demandait qu'un morceau de pain, et la faim généreuse lui prodiguait un festin de roi.
Oh ! les riches pièces de venaison fumantes ! Les jambons, les langues de bœuf, le faisan qui garde son noble plumage !