XVIII. Jeannin et Simonnette.
La Bretagne a regretté longtemps le pouvoir national de ses ducs. Maintenant qu'elle est française, elle aime encore à se rappeler ce temps où, placée entre deux grands royaumes, elle maintenait son indépendance à beaux coups d'épée.
La Bretagne, on le sait, n'a pas été conquise. On la glissa la noble et fière nation, comme un colifichet, dans une corbeille de mariage.
Et si elle a gardé bon souvenir à sa duchesse Anne, c'est que la Bretagne n'a point de rancune.
La Bretagne des ducs avait la liberté féodale. La Bretagne des rois fut opprimée par le trône et défendit le trône attaqué de toutes parts.
Nous n'avons point à faire ici le panégyrique du quinzième siècle en Bretagne ou ailleurs ; mais il ne faudrait pas juger une civilisation par quelques excès isolés, par quelques crimes, qui étaient des crimes alors comme aujourd'hui.
Si l'on jugeait ainsi, notre Gazette des Tribunaux nous vouerait tout net à la malédiction et au mépris des siècles futurs.
Car les crimes pullulent parmi notre orgueilleuse lumière, autant et plus que dans les ténèbres antiques.
Et des crimes d'élite, des crimes qui effraieront l'impudeur des dramaturges à venir !
Nous parlons ainsi en songeant à ce pauvre petit Jeannin qui allait être bel et bien pendu par les soldats de Méloir.