Simonnette s'était retenue de pleurer pour écouter.
— Ils vont venir ! murmura-t-elle.
Jeannin baissa la tête pour essuyer une larme à la dérobée.
— Je sais que tu es bonne, Simonnette, dit-il timidement ; là-bas, aux Quatre-Salines, il y a une pauvre vieille femme…
— Ta mère, Jeannin !
— Ma mère… c'est vrai… et j'aurais dû penser plus tôt à elle. Ma mère qui est presque aveugle et qui n'a que moi pour soutien.
— Je serai sa fille ! s'écria Simonnette.
— Le promets-tu ? demanda Jeannin qui gardait un peu d'inquiétude.
— Je le jure ! Le front de Jeannin se rasséréna aussitôt.
— Puisque c'est comme ça, dit-il, tu iras chez nous demain matin. Tu ne diras pas tout de suite à la vieille femme : « Dame Renée, le petit Jeannin est mort », parce que ça lui donnerait un coup, et elle n'est pas forte. Tu lui prendras les deux mains, et tu commenceras ainsi : « Dame Renée, dame Renée, c'est un métier bien dangereux que de courir les tangues ». Elle arrêtera son rouet pour te regarder. Tu l'embrasseras, Simonnette, et tu reprendras comme ça : « Dame Renée ; oh ! dame Renée !… »