— On ne peut pas le rendre à ses coquins de soudards, maintenant, murmura Julien, c'est bien sûr ! Simon secoua la tête.

— J'avais dit que mon gendre aurait cinquante écus nantais, pensa-t-il tout haut ; mais j'avais compté sans ma fillette. Le petit gars n'a pas un denier vaillant, mais c'est tout de même, puisque ma fillette le veut, il sera mon gendre.

— Le petit gars aura les cinquante écus nantais, s'il plaît à Dieu ! dit une douce voix dans l'ombre. Jeannin se leva tout droit.

— C'est la voix de la bonne fée ! s'écria-t-il. Julien et Simonnette disaient en même temps :

— C'est la voix de notre demoiselle ! Ils demeurèrent un instant interdits, parce que Reine avait passé pour morte, et que l'idée d'un fantôme vient toujours la première à l'esprit du paysan breton.

Il fallut que Reine se montrât à visage découvert.

Le petit Jeannin, tout chancelant encore, vint se mettre à genoux devant elle.

— Fée ou femme, dit-il, morte ou vivante, que Dieu vous bénisse !

Reine lui prit la main.

— Oh ! notre chère demoiselle est en vie, s'écria Julien, puisqu'elle prend la main du petiot ! Simonnette tenait déjà l'autre main de Reine et la baisait.