Au manoir restaient Corson, le héraut, Morgan et huit ou dix soldats.
Corson soupa, bâilla et s'endormit ; Morgan fit de même.
Maître Gueffès dit alors aux soudards :
— Il y a du cidre, du vin et de l'hypocras à la ferme du vieux Simon Le Priol. Les soldats descendirent sans bruit la colline. On enfonça la porte de Le Priol et l'on se mit à faire bombance. De ce qui se passa en ce lieu entre Gueffès et les soldats ivres, nous ne donnerons point le détail.
Mais quand nos fugitifs, qui avaient poussé leur pointe dans les terres jusqu'au delà d'Ardevon pour éviter les poursuites, descendirent dans le village de la Rive et entrèrent en grève, le petit Jeannin s'arrêta tout à coup. Son bras étendu montra la côte de Bretagne, dans la direction de Saint-Georges.
On voyait une grande flambée parmi les arbres. Les Le Priol et Reine se retournèrent. Reine poussa un cri.
— Qu'est cela ? demanda-t-elle. Le vieux Simon fit un signe de croix.
— Que Dieu nous assiste, balbutia-t-il ; c'est au village de Saint-Jean-des-Grèves.
Fanchon fut obligé de s'asseoir sur le sable. Le cœur lui manquait.
— Femme, lui dit Simon, la maison de mon père est brûlée. Nous n'avons plus rien sur la terre, mais nous avons fait notre devoir.