Aubry ne pouvait partager l'expansive hilarité du frère servant. Son casque n'avait pas de visière. Méloir avait dû amener quelque suite avec lui au couvent : Aubry craignait de rencontrer des hommes d'armes sur son passage et d'être reconnu.
Mais Bruno avait contre sa crainte des arguments sans réplique.
— Les soudards, disait-il ; ah ! ah ! je les ai vus, ce sont d'assez bons drilles. C'est moi qui les ai menés au réfectoire des laïques. Ils y sont entrés sur leurs jambes ; mais il faudra les en tirer sur des civières, oui bien ! Ah ! ah ! j'ai été soldat, et je fais pénitence !
Frère Bruno passa sa langue sur ses lèvres, ému au souvenir de quelque bonne aventure.
Ils descendirent le grand escalier, traversèrent la salle des chevaliers, le réfectoire des moines, et arrivèrent au seuil de la salle des gardes.
— La tête haute ! dit frère Bruno qui était un observateur ; l'air insolent, le poing sur la hanche, c'est comme cela que marche le Méloir !
Les gardes firent avec respect le salut des armes. La porte extérieure s'ouvrit.
— Je suis chargé, dit le moine servant au portier, de montrer la chapelle Saint-Aubert au digne chevalier Méloir.
— Que Dieu vous accompagne ! souhaita le frère tourier. Et ils passèrent. Aubry respira bruyamment. Le frère Bruno était aussi content de lui.
— Maintenant, reprit-il, où allez-vous, mon jeune seigneur ?