XXIII. Comment Joson Drelin but la rivière de Rance.
Tout en parlant, Aubry de Kergariou et frère Bruno avaient fait le tour du Mont. Ils se trouvaient à peu près en face de Tombelène.
Aubry réfléchissait.
Bruno racontait.
— Joson Drelin, disait-il, en son vivant bedeau de la paroisse de Saint-Jouan-des-Guérets, était un vrai compère qui se connaissait en cidre, comme le pauvre monsieur Gilles de Bretagne, dont Dieu ait l'âme, se connaissait en vins de France.
Et après tout, messire Aubry, se connaître en rubis gascons est le fait d'un chevalier, comme se connaître en jus de pommes est le fait d'un bedeau, c'est moi qui dis cela, sauf le respect d'un chacun et la révérence-parler.
Donc, au baptême des cloches de Saint-Jouan-des-Guérets, en l'an quarante-trois, ou quatre, car la mémoire n'y est plus. Ah dam ! je n'ai plus vingt-cinq ans, non, ni trente non plus : être et avoir été, ça fait deux !
Je disais donc qu'en l'an quarante-trois ou quatre, Joson Drelin sonna tant qu'il but beaucoup.
S'il sonna tant, c'est que le sonneur était malade ; s'il but beaucoup, c'est qu'il avait grand'soif, pas vrai ? M'écoutez-vous, messire Aubry ?
Aubry ne répondit point. Il pressait le pas, car il avait grande hâte de voir ceux qu'il aimait.