Reine le servait, lui présentant le pain et la coupe pleine.
On les avait laissés seuls après le repas.
Il y avait déjà longtemps qu'ils s'entretenaient ainsi.
Un silence se fit. Le chevalier contemplait sa fille. Un sourire vint à sa lèvre austère.
— Je suis jaloux de lui ! murmura-t-il.
— Lui qui vous aime tant, mon père !
— Et crois-tu que je ne l'aime pas, moi, pour lui donner ainsi mon cher trésor ! s'écria le proscrit qui enleva Reine dans ses bras et la posa sur ses genoux comme un enfant. C'est un bon soldat, c'est un cœur généreux ; je veux bien qu'il soit mon fils. Mais je te le dis, ma Reine bien-aimée, la vieillesse est un long supplice. Nous n'acquérons plus jamais, et toujours nous perdons jusqu'au seuil de la tombe. Voici un homme fort, jeune, heureux, souriant aux promesses que l'avenir prodigue. Le monde est à lui ! que fait-il ? Il vient demander au vieillard dépossédé une part de son bien suprême. Le riche a besoin de l'obole du pauvre : ainsi est la vie !
Il baissa la tête, et ses cheveux blancs inondèrent son front. Reine était devenue triste à l'écouter.
— Tu l'aimes donc bien ! demanda-t-il brusquement. Reine se redressa.
— Oui, mon père, dit-elle d'une voix grave et lente.