Ligèrement !
La fable d'Orphée se renouvelait. Les pierres dansaient au son de cette musique. Les gars se démenaient.
— Holà ! les filles ! cria le frère Bruno, je ne peux pas tout faire, moi ! Venez donc chanter pendant que nous peinons.
Les filles qui s'ennuyaient toutes seules ne demandaient pas mieux. Le troisième couplet, un peu plus lugubre que les deux premiers, s'entonna en chœur, bien joyeusement. Le quatrième, ou bière rime avec bergère, fut chanté en sautant. Au cinquième, on ne se sentait plus d'allégresse.
Au sixième, les Gothon, les Catiche, la Scholastique, les Suzon, Simon Le Priol et sa grave ménagère elle-même remuaient la terre en gavottant comme des bienheureux.
L'enceinte s'élevait. Quand le vieux Maurever, Aubry et Reine sortirent de la tour, ils étaient dans une véritable forteresse. Le frère Bruno s'approcha respectueusement de monsieur Hue.
— Que Dieu vous bénisse, mon bon seigneur, dit-il, et la jolie demoiselle, et même messire Aubry, mon ami, qui m'a planté là en pleine grève, quoique je prisse la peine de lui raconter une histoire ou deux pour abréger le chemin. Je viens ici dérouiller mes pauvres bras, qui s'engourdissaient là-haut.
— Mais si le prieur s'aperçoit de votre fuite, répliqua monsieur Hue, il enverra ses hommes d'armes après vous.
— Quel prieur ? Il faut distinguer : le prieur claustral, je ne dis pas ; mais il ne s'occupe pas du dehors. Quant au prieur des moines, il a porté l'armure comme moi, et la main lui démange trop souvent pour qu'il ne comprenne point mon cas. D'ailleurs, je n'ai point prononcé de vœu, mon bon seigneur, et à mon retour je n'aurai que la discipline simple, qui est donnée par frère Eustache, mon compère.
Le vieux Maurever fronça le sourcil.