— Nous autres, ça ne fait pas grand'chose, dit Jeannin, qui n'obtint point cette fois l'approbation des Gothon ; mais monsieur Hue, mademoiselle Reine et Simonnette ne doivent manquer de rien. Hé ! ho ! les Mathurin ! aux coques ! aux coques !

— Eh bien ! se disait le bon moine convers, je raconterai cette histoire-là : Le petit Jeannin du village de Saint-Jean, sous la ville de Dol, qui portait une peau de mouton comme saint Jean-Baptiste… en l'an cinquante…

Ces détails principaux se gravaient dans un des mille casiers de sa redoutable mémoire. C'était de la matière pour plus tard.

Les Mathurin, Bruno et Jeannin sortirent de l'enceinte pour aller chercher des coques au revers de Tombelène.

Pendant cela, Aubry était seul avec le vieux sire de Maurever dans la tour démantelée. À deux pas de là, dans un angle saillant de l'ancienne ligne des murailles, Jeannin avait bâti à l'aide de pierres et de planches apportées par le flot, une petite cabane où Reine et Simonnette étaient assises l'une auprès de l'autre.

Simon Le Priol, sa femme Fanchon et le reste de l'émigration s'abritaient du mieux qu'ils pouvaient et faisaient leurs préparatifs de nuit.

— Mon fils, disait le vieux Maurever à Aubry, ce me fut un grand crève-cœur, quand je vous vis jeter votre épée aux pieds de notre seigneur François. C'était pour l'amour de Reine qui est ma fille que vous faisiez cela, et je pensais : Me voilà, moi, Hugues de Maurever, chevalier breton, qui enlève une bonne épée à mon duc de Bretagne !

— Monsieur mon père, répondit Aubry, ce que je fis ce jour-là, tous les nobles du duché le feront demain. Maurever courba sa tête blanche.

— Alors, puisse Dieu m'épargner le châtiment que j'ai mérité peut-être ! murmura-t-il. Et comme Aubry le regardait, étonné, le vieillard reprit :

— J'ai cru faire mon devoir, mais le crime de l'homme est entre l'homme et Dieu. Le crime ne change pas le droit de notre seigneur duc à qui appartient la vie de notre corps. J'ai mal fait, mon fils Aubry, j'ai mal fait, j'ai mal fait !