Aubry, fou de douleur, se précipita sur Méloir. En même temps, Jeannin, Bruno, Julien et Simon Le Priol, tout le monde enfin, hommes et femmes, tentant un suprême effort, se ruèrent contre les assiégeants.

Un instant, au milieu de la nuit obscure, on n'aurait pu voir qu'une masse confuse et compacte, une sorte de monstre, agitant ses cent bras. Puis des plaintes s'élevèrent. Des râles sourds gémirent.

— Ferme ! ferme ! commanda Bruno, dont la tête et le bras droit s'élevèrent au-dessus de la masse, par deux ou trois fois.

Par deux ou trois fois l'acier cria, broyé sous le poids de son esparre. Il avait fait un large cercle autour d'Aubry, dont la bonne épée ruisselait.

Aubry, dégagé, fondit à son tour sur le gros des hommes d'armes qui plièrent et se retirèrent vers l'angle de l'enceinte qui leur avait donné entrée.

— Ils sont à nous ! ils sont à nous ! hurlait Bruno, ivre de joie.

Et Dieu sait que les gens du village incendié n'avaient pas besoin d'être excités.

Mais au moment où les hommes d'armes et les soldats qui avaient pénétré dans l'enceinte se trouvaient acculés au mur, la grande taille de monsieur Hue de Maurever se dressa entre eux et les défenseurs de la place.

— Assez ! dit le vieux chevalier, en étendant sa main désarmée — Ils ont tué mademoiselle Reine ! s'écrièrent Jeannin, Julien et les autres.

— Assez, répéta le vieillard, dont la voix austère ne trembla pas. Tout le monde s'arrêta, bien à contrecœur. Les assaillants sautèrent par-dessus le mur et s'enfuirent en menaçant. Bruno grommela :