Vous serez ébloui sans rien voir.

La nuit, le peu de lumière qui descend du firmament suffit toujours à guider les pas. Dans le brouillard, rien ne guide, rien, et le vertige nage dans ce blanc duvet qui provoque et lasse les paupières.

La nuit, le son se propage avec une grande netteté. Or, quand la vue fait défaut, l'ouïe peut la remplacer à la rigueur.

Dans le brouillard, le son s'égare, s'étouffe et meurt.

C'est quelque chose d'inerte et de lourd, qui endort l'élasticité de l'air ; c'est quelque chose de redoutable comme cette toile, blanche aussi, qui s'appelle le suaire. Ici, le courage même a la conscience de son impuissance. Le sang se fige, la force cède. On est à la fois submergé et fasciné.

Ceux qui ont échappé à cette terrible mort racontent des choses étranges. Ils disent que la cloche du Mont sonnant la détresse arrive parfois tout à coup à l'oreille et fait tressaillir l'agonie. Elle vibre plaintivement, et l'oreille étonnée croit l'entendre sortir des profondeurs des tangues.

Puis la cloche se tait. Un silence pesant succède à ses tristes tintements. Puis tout à coup le sable, devenu sonore comme par enchantement, apporte le bruit de la mer qui monte.

Oh ! comme elle va vite ! la mer, la mort ! Comme elle court, invisible, là-bas ! De quel côté ? On ne sait.

Près ou loin ? On ne sait.

Mais elle court, elle glisse, elle arrive.