— Pensez à Dieu ! répliqua la jeune fille, sereine et calme, en face de la dernière heure. On entendait le sourd grondement du flot.

Méloir avait du sable jusqu'aux seins. Sa main de fer se rivait sur le bras de Reine…

Il tourna la tête tout à coup à un bruit qui se faisait. Maître Loys bondissait dans le cours du Couesnon, où était déjà la mer.

Et Aubry était derrière maître Loys.

— Aubry ! Aubry ! à moi ! cria Reine. Par un effort désespéré, Méloir essaya de l'attirer à lui. Ses yeux hagards disaient quel était son dessein horrible.

La vengeance qui lui échappait, il voulait la ressaisir, et jeter à son rival vainqueur un cadavre pour fiancée.

— À moi, Aubry ! à moi ! répéta la jeune fille qui résistait, mais qui se sentait entraînée invinciblement.

— Je ne mourrai pas seul ! cria Méloir. Au moment où son autre main allait toucher le col de Reine, Aubry passa, plus rapide qu'une flèche. Sa lance avait traversé de part en part la gorge de Méloir. Méloir blasphéma et lâcha prise. Le sable cacha sa blessure. Il n'avait plus que la tête au-dessus de la tangue. Et la mer mouillait déjà les vêtements de Reine qui, elle aussi, s'enlisait lentement. Aubry sauta sur le sable, et mit sa lance en travers pour assurer ses pieds.

— Tu n'auras pas le temps ! dit Méloir en souriant au flot qui vint lui baigner le visage. Un visage de réprouvé ! Le cheval, dès qu'il sentit l'eau à ses pieds, souffla et mit le nez au vent, cherchant la direction de sa fuite.

Aubry se sentit défaillir, car l'imagination ne peut rêver un danger plus terrible et plus prochain que celui qui l'écrasait de toutes parts.