— Un bâton d'une toise ne prouve pas que mensonge soit parole d'Évangile, dit-il. Que faisait la fée quand tu l'as vue !
— Elle se baissait sur le seuil pour ramasser un gâteau de froment.
— Ça, c'est la vérité, appuya la ménagère ; j'avais mis un gâteau de froment sur la porte.
— Et comment est-elle faite, la Fée, petiot ? demanda encore maître Gueffès. Jeannin hésita.
— Elle est belle, répliqua-t-il enfin, belle comme un ange… presque aussi belle que la fille de Simon Le Priol. Simon et sa femme froncèrent le sourcil à la fois.
Maître Vincent Gueffès ouvrait sa large bouche pour lancer quelque trait envenimé qui pût venger sa défaite, car il était vaincu, lorsque le pas d'un cheval se fit entendre sur le chemin.
Tout le monde se leva.
— Julien ! Julien ! s'écria-t-on, Julien Le Priol ! nous allons avoir des nouvelles de la ville ! Le cheval s'arrêta en dehors de la porte qui s'ouvrit. Julien Le Priol, fils de Simon, entra.
C'était un beau gars de vingt ans, fortement découplé : cheveux noirs, œil vif et franc, un gars qui s'était plus souvent tourné, pour respirer, du côté du bon air des grèves que du côté de l'atmosphère lourde et tiède du Marais. Il baisa sa mère et Simonnette.
— Quelles nouvelles, garçon ? demanda le père.