Puis elle se redressa, toute heureuse de sa victoire, en secouant ses blonds cheveux d'un air mutin.

Comme elle s'apprêtait à traverser de nouveau la salle, cette fois, pour s'enfuir avec les trophées de son triomphe, elle laissa tomber un regard sur le bon chevalier.

Le chevalier Méloir avait toujours la main sur son escarcelle rebondie.

Les sourcils délicats de Reine se froncèrent et son œil brilla d'un éclair hautain.

— L'or qui doit payer la tête de mon père ! murmura-t-elle. Il faut croire que, dans ce temps-là, les châtelaines portaient déjà des ciseaux, car on eût pu voir dans la main de Reine un reflet d'acier qui passa entre les doigts de Méloir. Le cordon qui retenait l'escarcelle fut tranché en un clin d'œil. Mais l'escarcelle ne tomba point. La main de Méloir était toujours dessus.

Ces soldats sont vigilants, même dans le sommeil.

Quand Méloir imposait à son repos la condition de garder un objet, Méloir s'éveillait, comme il s'était endormi, la main sur l'objet gardé, que ce fût une bourse ou une épée.

Reine tira l'escarcelle bien doucement, puis plus fort. Impossible de faire lâcher prise à Méloir. Reine essaya d'ouvrir l'escarcelle entre ses doigts. Impossible encore ! Pourtant elle la voulait !

Non pas peut-être pour se procurer un peu de cet argent si nécessaire au proscrit qui se cache ; non pas assurément pour s'indemniser des ravages commis sur les domaines de Maurever : Reine n'avait pas un écu vaillant, mais elle savait où prendre le pain qui soutenait l'existence du vieillard.

Non, pour rien de tout ce qui eût pu déterminer un homme à s'emparer du trésor, disons plus ; non, pas même dans le but de s'en servir.