— Cela ne me plaît pas.
— Alors, mettons-lui une jaquette sur le corps, et faisons-le soldat. Qui sait ? il deviendra peut-être un jour capitaine.
— Il ne veut pas être soldat !
— Ah ! fit Gueffès, c'est bien différent ! Du moment que messire Jeannin ne veut pas… Il commençait à se fâcher, l'honnête Gueffès.
— Mon cher seigneur, reprit-il, le destin s'est amusé à nous mettre dans une situation à peu près pareille, vous, l'illustre chevalier, moi, le pauvre hère. Vous avez un rival préféré qui s'appelle Aubry, moi j'ai une épine dans le pied qui s'appelle Jeannin.
— Et tu voudrais l'arracher ?
— J'allais y venir, répliqua tout naturellement Gueffès. Quand on ne peut manger ni chair, ni poisson, ni froment, ni rien de ce qui se mange, on grignote le bout de ses doigts pour tromper sa faim, c'est de la philosophie. Quand le renard est trop bas, et que les raisins sont trop hauts, le renard serait bien fâché d'y mordre, c'est encore de la philosophie.
— Quand le Normand enrage, poursuivit Méloir du même ton, et qu'il est obligé de rentrer les ongles, le Normand récite des apologues.
— C'est toujours de la philosophie, conclut maître Gueffès.
— Allons, maraud ! s'écria le chevalier en se levant tout à coup, l'air est frais ce matin, allume-moi mon feu, et trêve de bavardages ! Si tu sais où se cache le traître Maurever, tu me l'apprendras pour remplir ton devoir de vassal. Si tu ne remplis pas ton devoir de vassal, c'est toi qui seras pendu !