Le nègre achevait paisiblement son cigarite.

—Mon frère n'est pas encore vengé, prononça l'Italien tout bas, et je n'ai bientôt plus de courage.

—Dans quelques jours, murmura la blonde, tout sera fini, je vous le promets.

Ses yeux, en ce moment, se tournèrent du côté du lit et René se dit:

—Celle-ci est le mal. Ce n'est pas ELLE!

—Dort-il? demanda-t-elle à voix basse avec une sorte d'inquiétude.

—Il n'a jamais cessé de dormir, répliqua l'Italien, Le narcotique était ù cluse convenable… Que voulez-vous faire de lui?

—Notre salut et ta vengeance, répondit la jeune femme.

Les yeux de l'italien brillèrent d'un feu sombre.

—Comtesse, prononça-t-il lentement, j'avais vingt-deux ans quand mon frère est mort. Le lendemain de ce jour-là j'avais les cheveux blancs comme un vieillard… Je voulus me tuer, un homme me sauva et me raconta que lui aussi avait changé, en une nuit d'angoisse, une forêt de boucles noires contre une chevelure blanche… Cet homme-là m'avait conseillé de passer la mer et d'oublier. Vous avez murmuré le mot vengeance à mon oreille: j'attends.