Le tombeau d'Uszel fut démoli, et notre père ayant fait rougir au feu son propre sabre, le plongea par trois fois et par trois fois le retourna dans le coeur d'Addhéma la Bulgare.
Nous grandîmes, ma soeur et moi, dans le château triste et qui semblait vide. Les caresses maternelles nous manquaient, on nous berçait avec le récit de ces lugubres mystères.
Il y avait un chant qui disait:
«Un jour pour un an, vingt-quatre heures pour trois cent soixante-cinq jours.
«A la dernière minute de la dernière heure, la chevelure meurt, le charme est rompu, et la hideuse sorcière s'enfuit, vaincue, dans son caveau…»
Ma soeur était dans sa seizième année et j'allais avoir quinze ans, quand notre père arbora la bannière rouge au plus haut des tours de Bangkeli. En même temps, il envoya ses tzèques dans les logis de ses tenanciers, le long de la rivière; ils étaient quatre, l'un portait son sabre, le second son pistolet-carabine, le troisième son dolman, le quatrième son jatspka.
Le soir, il y avait douze cent hussards équipés et armés autour de nos antiques murailles.
Mon père nous dit: prenez vos hardes, vos bijoux et vos poignards.
Et nous partîmes, cette nuit-là même, en poste pour Trieste.
Le régiment,—les douze cents tenanciers de mon père formaient le régiment des hussards noirs de Bangkeli,—avait pris la même route à cheval. Le rendez-vous était à Trévise.