Deux sièges seulement étaient placés auprès de la table. Il y avait partout des fleurs et le feu doux qui brûlait dans l'âtre exhalait d'odorantes vapeurs.

Quand René franchit le seuil de cette chambre, Lila lui sembla plus belle.

Mais il y avait en lui je ne sais quelle crainte vague qui glaçait la passion. Le récit bizarre qu'il venait d'entendre miroitait aux yeux de sa mémoire. Lila avait conduit ce récit avec un charme que nous n'avons pu rendre, et cependant René restait tourmenté par un doute qui avait sa source dans l'instinct plus encore que dans la raison.

Chose singulière, dans ce récit, ce qui l'avait frappé le plus fortement, c'était l'épisode nuageux de la vampire. René eût répondu par un sourire de mépris à quiconque lui aurait demandé s'il croyait aux vampires femelles ou mâles.

Et pourtant son idée ne pouvait le détacher de cette image saisissante, malgré son absurdité: la morte chauve, couchée dans ce tombeau depuis des siècles, et qui se réveillait jeune, ardente, lascive, dès qu'une chevelure vivante, humide encore de sang chaud, couvrait l'horrible nudité de son crâne.

Il regardait l'ébène ondoyant de ces merveilleux cheveux noirs qui couronnaient le front de Lila, ce front étincelant de jeunesse et de charme, et il se disait:

—Celles à qui la mort arrachait leurs chevelures étaient ainsi!

Et il frémissait.

Mais le frisson pénétrait jusqu'à la moelle de ses os, quand il avait cette autre pensée qu'il essayait en vain de chasser:

—Et la morte était ainsi également quand elle avait arraché leurs chevelures!