Mes cheveux se dressèrent sur mon crâne et ma vue se voila.
J'entrevis, à travers un brouillard, quelque chose d'inouï et d'impossible.
Ce ne fut pas la jeune fille qui attira le corps à elle, ce fut le corps qui attira à lui la jeune fille.
Tous deux, le corps et la jeune fille, restèrent un instant hors de l'eau, car le corps s'était arrêté et dressé.
Une main morte se plongea dans l'abondante chevelure de la jeune fille, tandis que l'autre main décrivait autour de son front et de ses tempes un cercle rapide.
Puis le corps monta sur la berge, vivant, agile, jeune, tandis que la pauvre enfant prenait sa place dans l'eau tourmentée.
Mais, au lieu de remonter le courant comme le corps, la jeune fille se mit à descendre au fil de l'eau, tournoyant et plongeant…
Je me lançai, tête première, dans la Seine, et je fis de mon mieux. Après avoir nagé en vain un quart d'heure, je me retrouvai, emporté par la dérive furieuse, à la hauteur de ma propre maison, qui est sur la place du Châtelet.
La jeune fille avait disparu.
Au moment où je remontais sur le quai, vaincu, épuisé, désolé, par les degrés de la Morgue neuve, une femme passa devant moi, cette femme qui avait les cheveux d'Angèle.