Et il lut d'une voix tout à coup saturée d'onction:
«Nous chargeons M.L.N.P.J. Dubois, notre préfet de police, d'écouter avec le plus grand soin les renseignements qui lui seront fournis par le porteur du présent.
«La comtesse Marcian Gregoryi est une noble Hongroise qui nous a rendu déjà un signalé service lors de la campagne d'Italie. Nous avons éprouvé son dévouement personnel.
«Ce qu'elle demandera devra être exécuté à la lettre.
«Signé: N——.»
—Oui bien! s'écria M. Dubois, qui mit le papier dans sa poche pour faire craquer ses doigts, mais non pas si adroitement que le secrétaire général; oui bien! je suis son préfet de police, à lui, jusqu'à la mort! C'est particulier, monsieur, et même confidentiel! Je connais des gens orgueilleux qui me traitent par-dessous la jambe, et que ce simple morceau de papier ferait trembler. Ma position se dessine, on ne peut pas toujours rester sous le boisseau, n'est-il pas vrai? Le mérite se fait jour. Et songez qu'un oeil d'aigle est fixé sur nous.
Berthellemot ouvrit timidement la bouche, mais M. Dubois la lui ferma d'un grand geste, et dit:
—Je voue prie, monsieur, de garder le silence.
Il glissa une oeillade vers la comtesse pour voir l'effet produit par cette parole ferme.
La comtesse Marcian Gregoryi s'était assise et disposait avec grâces les plis d'une robe exquise. Elle était si jeune, si belle et si jolie qu'on se demandait quel âge elle pouvait avoir en 1797, quand elle rendit ce signalé service au général Bonaparte.