Dubois avait mis son front dans sa main.

—Cela explique tout! murmura-t-il, et cela rentre dans une série d'idées que j'ai plus d'une fois soumises à l'épreuve de mon raisonnement… car rien ne m'échappe… rien, madame, et vous allez bien le voir tout à l'heure. Les personnes qui viennent ici, la bouche enfarinée, me dire: Prenez garde à vous! attention à ceci! attention à cela! sont un peu dans le rôle de la mouche du coche.

—Vous êtes le ministre de la police de l'avenir! prononça solennellement la comtesse Marcian Gregoryi.

—Seulement, reprit M. Dubois, je ne suis pas secondé. Un troupeau d'oisons, madame, voilà mon armée… sans compter que j'ai dans mes roues deux ou trois bâtons que je ne qualifierai pas et qui se nomment MM. Savary, Bourienne, Fouché et le diable… Comprenez-vous cela?… Et sans compter encore qu'au-dessus de moi, oui, madame, au-dessus, il y a un sénateur de carton, un mannequin, un dindon empaillé, M. le grand juge, s'il vous plaît, qui suffirait, lui seul, à enrayer la machine la mieux graissée… Sans eux, j'aurais déjà fourré vingt fois la vampire dans ma poche, qu'elle soit société secrète ou une goule arrachée aux gouttières de la tour Saint-Jacques la Boucherie… je vous en donne ma parole, madame.

—Je l'ai dit à l'empereur, murmura la comtesse comme si elle se fût parlé à elle-même.

—Chut! fit Dubois. N'abusons pas de cette qualification. Fouché a des mouches jusque dans mes bureaux… Je vous prie de me dire, madame, non point pour me rien apprendre, mais afin que je compare les appréciations, quel était, selon vous, le but de ces meurtres nombreux?

—Le but était triple, monsieur le préfet: troubler les populations, faire disparaître des ennemis et battre monnaie…

—Ah! ah!… ces messieurs de la Vertu sont des voleurs?

—Il faut de l'argent pour s'attaquer à un chef d'Etat, monsieur le préfet.

—C'est vrai, madame, et j'admire votre capacité.