—Qu'as-tu vu? interrogea encore celui qu'on nommait ici M. le gardien, et là-bas « le patron ».
Au lieu de répondre, cette fois, le prétendu enfant secoua d'un mouvement brusque la chevelure hérissée qui se crêpait sur sa forte tête, et murmura comme en se parlante lui-même:
—Je serais bien venu plus tôt, mais le professeur Loysel faisait sa leçon sur l'Organon de Samuel Hahnemann. Voilà huit jours que dure cette parenthèse, où il n'est pas plus question de clinique que du déluge. Je n'avais jamais entendu parler de ce Samuel Hahnemann, mais on l'insulte tant et si bien à l'Ecole, que je commence à le regarder comme un grand inventeur…
—Patou, mon ami, interrompit le gardien, vous autres de la Faculté, vous êtes tous des bavards. Il ne s'agit pas de ce Samuel, qui doit être un juif ou tout au moins un baragouineur allemand, puisqu'il a un nom en mann… Qu'as-tu vu? Dis vite!
—Ah! monsieur le gardien, répliqua Patou, de drôles de, choses, parole d'honneur! Les gens de police doivent s'amuser, c'est certain, car pour une fois que j'ai fait l'espionne, je me suis diverti comme un ange!… La jolie femme, dites donc!
—Quelle femme?
—La comtesse.
—Ah! ah! fit le gardien, c'est une comtesse!
—L'abbé Martel l'a appelée ainsi… Mais pensiez-vous que je voulais parler de votre Angèle, pauvre cher coeur, puisque vous me demandiez: Quelle femme?
—N'as-tu point vu Angèle?