—J'en réponds, monsieur Morinière.
Georges se mit à rire franchement et feignit de remonter d'un cran la capote du cabriolet.
—Rassemble, dit-il cependant à voix basse, et enlève ton cheval d'un temps… Ne manque pas ton coup… Tu vas enfiler la rue Monsieur-le-Prince comme si le diable t'emportait.
Il paraît que les gens de la police n'avaient pas même le signalement de Georges Cadoudal. Nous nous plaignons tous, plus ou moins, de nos domestiques, les chefs d'État ne sont pas mieux servis que nous.
Tout le long de la rue les agents se regardaient entre eux et hésitaient.
Le cabriolet était sur le point de s'ébranler, et George allait encore une fois passer comme la foudre au travers de cette meute mal drossée, lorsqu'à une fenêtre du premier étage, qui s'ouvrit doucement, juste au-dessus de lui, une femme parut, jeune, adorablement belle, donnant à la brise du matin ses cheveux blonds, qui scintillaient sous le premier, regard du soleil levant.
Elle se pencha, gracieuse, et quoique Georges ne pût la voir, elle lui envoya un souriant baiser.
Les agents s'ébranlèrent tous à la fois: c'était un signal.
A ce moment, le cocher enlevait son cheval; qui, robuste et vif, partit des quatre pieds et passa, jetant une demi-douzaine d'hommes sur le pavé.
La comtesse Marcian Gregoryi restait à la fenêtre, suivant le cabriolet, qui descendait la rue comme un tourbillon. Le pavé de la rue Saint-Hyacinthe tournait. Quand le cabriolet disparut, la blonde charmante s'éloigna de la croisée à reculons et en referma les deux battants.