Le fouet de Georges fît un large cercle autour de lui.
—Que me voulez-vous, bonnes gens! demanda-t-il, imitant avec perfection l'accent de basse Normandie. Je suis Julien-Vincent Morinière de mon nom, je vends des chevaux par état, je n'ai fait de tort ici à personne.
—Chouan, répliqua de loin Charlevoy, qui se tenait à distance tu t'es dépouillé trop vite.
—C'est pourtant vrai, murmura Georges en riant.
Il va sans dire qu'il ne perdait point de vue son cheval, surveillant toujours l'embarras qui avait fait obstacle à sa course.
De l'autre côté de l'embarras, rue Dauphine, la foule grossissait à vue d'oeil. Il y eut un moment où l'effort de sa curiosité rompit l'embarras et ouvrit un passage au beau milieu de la voie.
Il exécuta un second moulinet pour assurer ses derrières, et, touchant légèrement les oreilles de son cheval, il cria:
—Hie, Bijou! Passe partout! nous avons affaire à la foire!
Les spectateurs étaient là, comme à la comédie. Paris s'amuse de tout, et sur cent badauds il n'y en avait pas dix pour croire à la présence de Georges Cadoudal.
Malgré la veste bretonne, malgré le coeur chouan, les neuf dixièmes des assistants doutaient. Ce gros gaillard avait l'air si bonne personne! et la police s'était si souvent trompée!