—Ce qui se passe, là, dit-il, est une énigme pour moi comme pour toi.
C'est parce que je ne comprends pas que j'ai peur.
Il était ému profondément; il dit encore:
—Je ne voudrais pas qu'on fit du mal au premier consul, je l'aime, quoique je le soupçonne de vouloir confisquer la république… Mais le premier consul est bon pour se défendre si on l'attaque; je ne pense pas au premier consul… Angèle, René, ces deux enfants-là sont le sang de mon coeur… je donnerais ma main droite pour savoir!
—Une vaillante main! s'écria Patou; ce serait trop cher!
—Que ce soit une intrigue d'amour, poursuivit le gardien, une conspiration ou les deux ensemble… ou encore quelqu'une de ces ténébreuses scélératesses qui profitent des temps troublés pour aboutir, il y a quelque chose… je sens, qu'il y a quelque chose de menaçant et de sanglant… Je saurai le fond de tout ceci, dussé-je aller jusqu'au préfet de police!…
Patou eut un ricanement qui ne témoignait pas d'une haute confiance en cet important magistrat.
—J'irai plus loin s'il le faut, poursuivit le gardien, Il y a déjà un de mes trois amis d'Allemagne qui a disparu. Si Ramberg disparaît, ce sera dans le même trou. J'avais prévenu le premier, j'avertirai le second; mais cet femme est belle, et son regard donne le vertige…
—Vous croiriez!… commença Patou, qui resta bouche béante.
—J'ai peur! dit pour la troisième fois le gardien. Le petit homme murmura:
—C'est vrai! son regard donne le vertige… Je commence à comprendre.