Et sa lèvre fut touchée par cette bouche qui lui sembla de feu.

Il reçut un choc dont aucun mot ne peut rendre l'étourdissante violence. Ce fut sa dernière sensation. Il entrevit, béant, le gouffre sans fond qu'on nomme l'éternité. Il y tomba… Le lendemain matin, au grand jour, il s'éveilla, couché en travers sur son lit et le visage contre les couvertures.

Le corps de la comtesse Marcian Gregoryi avait disparu.

Le pensée voulut naître en lui qu'il avait été le jouet d'un rêve affreux.

Mais il tenait encore à la main son scalpel; le sac de grosse toile était là aussi, la paille aussi, le mouchoir de fine batiste où les points clairs dessinaient la devise latine,—et sur le drap, juste à l'endroit où naguère se collaient ses lèvres, il y avait une tache ronde et rouge, qui était la goutte de sang…

Ils racontent là-bas, en moissonnant leurs larges champs de maïs, de Semlin jusqu'à Temesvar et jusqu'à Szegedin, ils racontent la grande orgie nocturne des ruines de Bangkeli.

Notre histoire a eu déjà son dénoûment réel. Ceci est peut-être le dénoûment fantasque de notre histoire.

Bangkeli était un château chrétien, flanqué de huit tours turques, qui regardaient la Save du haut d'une montagne nue. C'était vaste comme une ville. Les ruines l'attestent.

Il y avait des siècles que l'eau du ciel inondait les salles magnifiques à travers les toits désemparés, lorsqu'eut lieu l'orgie des vampires.

Lila avait menti en disant à René de Kervoz que le dernier comte était un général de l'armée du prince Charles, lors des guerres de Bonaparte.