—C'est un fou! s'écria une femme prise de pitié à le voir ainsi souriant et sans défiance.

—Fermez la porte de la rue, ordonna Ezéchiel, et finissons la besogne!

—La! la! fit le patron, qui prit une gaule et la brisa sur son genou, juste à la longueur qu'il fallait pour une canne de combat: je vous dis que vous ne savez pas à qui vous avez affaire!

Son sourire s'anima, et une lueur éclata dans ses yeux.

Au moment même où la porte de la rue se fermait, le patron fut attaqué de trois côtés à la fois: par Ezéchiel, qui, soulevant son escabelle à deux mains, lui en déchargea un coup sur la tête, et par deux bandits déguenillés, dont l'un lui lança au flanc un coup de couteau donné à bras raccourci, tandis que l'autre lui plantait son bâton dans l'estomac.

Ce fut une transfiguration. Toute la personne du patron prit un admirable caractère de jeunesse et de crânerie. Sa taille se développa, sa poitrine s'élargit, son front s'illumina.

Nul ici n'aurait su dire comment les trois attaques furent parées; c'est à peine si la tête du patron s'inclina un peu à gauche pour laisser passer l'escabeau, tandis que sa moitié de gaule décrivait deux demi-cercles, dont l'un fit sauter en l'air le bâton, dont l'autre brisa net le poignet, qui tenait le couteau.

Le blessé poussa un hurlement de douleur et de rage.

—Et veillez à ce que la lampe ne s'éteigne pas, dit gaiement ce diable de patron: je n'y verrais plus à vous corriger avec délicatesse; ce serait tant pis pour vos crânes!

Ezéchiel s'était mis bravement au dernier rang. Il s'arma d'une gaffe emmanchée de long et compta de l'oeil ses soldats.