—Mon bon maître, dit-il, ça nous perd la tête de penser qu'il y a un homme dans Paris qui veut tuer le citoyen Bonaparte. Moi qui vous parle, je vois partout le traître Cadoudal… Et quant à ce qui est de la porte du fond, là-bas, elle mène tout uniment à la cave où je tiens mon pauvre vin que vous trouvez si mauvais.
Le patron lui mit la main sur l'épaule, et Ezéchiel fut sur le point de s'affaisser comme si on l'eût chargé d'un poids trop lourd.
—Ne me faites point de mal, murmura-t-il.
—Ecoute, l'interrompit le patron… Es-tu homme à répondre franchement et honnêtement aux questions qu'on te fera?
—Quant à ça, mon maître, s'écria Ezéchiel, demandez à tout le monde, je n'ai que trop de franchise. Le coeur sur la main, toujours!… Ah! si j'avais eu un tantinet de malice, mon affaire serait depuis longtemps dans le sac!
—C'est pour une dame que tu travailles? prononça tout bas le patron.
—Pour une dame?… répéta Ezéchiel; voilà une idée?
Puis il ajouta en clignant de l'oeil d'une façon confidentielle.
—Eh bien, oui, là. On ne peut rien vous cacher, mon maître. C'est pour une dame… et nous essayons de nouer un fil à la patte des scélérats qui veulent tuer le premier consul!… est-ce défendu?
La main du patron pesa plus lourde sur son épaule, mais à ce moment une éclatante et joyeuse clameur passa au travers de la porte de la rue.