Sa croupe recourbée en replis tortueux.

Les deux sujets jumeaux n'avaient qu'une seule légende qui disait en lettre mal formées:

A la pêche miraculeuse.

Le lecteur commence peut-être à comprendre la connexité existant entre le fameux banc de poisson de l'île Saint-Louis et cette rumeur funèbre qui courait vaguement dans Paris.

Nous ne lui marchanderons point, du reste, le chapitre des explications.

Mais, pour le moment, il nous faut dire que tout Paris connaissait l'aventure d'Ezéchiel représentée par le tableau, aventure authentique, acceptée, populaire, et dont personne ne se serait avisé de mettre en doute l'exactitude avérée.

En effet, avec le produit de la vente de ce bijou trouvé dans l'estomac du monstre, Ezéchiel avait monté, au vu et au su de tout le monde, son établissement de cabaretier.

Et comme il avait découvert le premier ce Pérou en miniature, ce gisement de richesses subaquatiques, il était permis à l'imagination des badauds d'enfiler à son sujet tout un chapelet d'hypothèses dorées. Son nom indiquait une origine israélite, et l'on sait la bonne réputation accordée à l'ancien peuple de Dieu par la classe ouvrière. On parlait déjà d'un caveau où Ezéchiel amoncelait des trésors.

Les autres étaient venus quand la veine aurifère était déjà écrémée; les autres, pêcheurs naïfs ou pécheurs d'aventures: les poètes, les inventeurs, les don Juan battus, les industriels tombés, les artistes manqués, les comédiens fourbus, les philanthropes usés jusqu'à la corde, les génies piqués aux vers—et le notaire n'avaient eu pour tout potage que les restes de cet heureux Ezéchiel.

Ils étaient là, non point pour le poisson qui foisonnait réellement d'une façon extraordinaire, mais pour la bague chevalière dont le chaton en brillants reluisait comme le soleil.