Il ne cessa de chanter qu'au moment où le fiacre s'ébranla. Petite-Reine le regardait d'un air boudeur. Il arracha d'un geste brusque son voile et son béguin du même coup, fixant sur l'enfant ses yeux ronds qu'il faisait à dessein terribles.
Petite-Reine ouvrit la bouche pour s'écrier, mais elle ne put. L'étonnement et la frayeur l'étouffaient.
Saladin se remit à chanter. En chantant, il ferma les portières et abaissa tous les stores l'un après l'autre, de sorte que l'intérieur du fiacre s'emplit d'une obscurité rougeâtre.
—Me reconnais-tu bien? dit-il en grossissant sa voix. Je suis un grand enchanteur. C'est moi qui avale des sabres, des couteaux, des poignards, des rasoirs et des serpents. Tu as dit que j'étais laid, et je te mène à l'ogre.
Il fit en même temps deux ou trois contorsions accompagnées de grimaces.
Petite-Reine, qui tremblait de tous ses membres, mit ses mains sur ses yeux.
—Et l'ogre va te manger! acheva Saladin terriblement.
Les mains de Petite-Reine glissèrent sur ses joues et tombèrent. Elle avait les paupières baissées. Elle sanglotait silencieusement.
C'est une science.
Certains procès qui effrayent de plus en plus souvent la conscience publique ont révélé ce hideux secret: il est plus facile et plus court d'endormir un enfant par les larmes que par le sourire. Les créatures dénaturées qui n'ont pas le temps de bercer leurs petits les font pleurer.