[XII]
Vox audita in rama...
Quand le commissaire de police donna l'ordre d'introduire la pauvre Gloriette et les témoins, il n'avait plus rien à apprendre.
L'enquête fut courte, quoique chacun eût la bonne envie de parler longuement.
La Bergère interrompait tout le monde pour établir qu'il n'y avait point de sa faute, et qu'on lui devait un dédommagement.
Lily n'entendait guère ce qui se disait, elle parlait peu et, comme au hasard, rappelant hors de propos des détails, frivoles pour ceux qui l'écoutaient, mais qui vous auraient mis les larmes dans les yeux. Elle était fort affairée; évidemment sa raison chancelait.
Le commissaire de police ayant demandé si quelqu'un voulait se charger de la ramener chez elle, vingt personnes s'offrirent, et, en effet, on lui fit jusqu'à sa maison une nombreuse escorte, à laquelle se joignirent bientôt les voisins. Telle commère qui avait suivi l'aventure depuis le Jardin des Plantes, eut la volupté de raconter la même histoire au moins cent fois, avec des variantes.
Mais, de toutes les passions, le bavardage est la seule qui soit insatiable. L'amour se lasse, la gourmandise s'emplit: le besoin de parler ne s'assouvit jamais.
À la porte de sa maison, Lily s'arrêta et regarda avec étonnement tout ce monde qui la suivait. Elle ne dit point merci. Les groupes restèrent bien longtemps autour de sa demeure, causant toujours, et racontant, et radotant avec un plaisir acharné.
Lily avait gravi péniblement les marches de son escalier: quelqu'un la suivait, mais elle n'y prenait point garde. Elle entra chez elle sans se retourner.