—La police est bonne pour empêcher le monde de passer tranquillement sur le trottoir, voilà!

C'était un peu pour cela que Médor était assis par terre contre la porte de la Gloriette. Sa mémoire n'était pas très richement meublée, mais les souvenirs qu'il avait tenaient bon.

Il ne voulait pas que Lily eût le sort de la petite Clémence, qui riait toujours avant le vol de son enfant, et dont lui, Médor, avait vu le corps dans le canal.

Pourquoi, cependant, prenait-il tant de souci?

Il appartenait très franchement à cette classe que le dédain des riches et la charité des pauvres appellent «les brutes». Faut-il chercher le mobile de sa conduite dans ces seuls mots prononcés par lui au Jardin des Plantes:

—Celle-là est aussi trop malheureuse!

Était-ce pure pitié? ou bien, car ces «brutes» ont un cœur, le pauvre diable avait-il été touché, comme beaucoup d'autres qui avaient de l'esprit, par l'exquise beauté de Lily?

Il y avait de ceci peut-être et aussi de cela et encore autre chose.

Lily ne s'en souvenait sans doute plus elle-même. Au commencement de son séjour dans la maison, un matin qu'elle sortait avec Justine dans ses bras, car celle-ci ne marchait pas encore, elle avait vu passer, venant du quai de la Râpée, un convoi—le convoi du pauvre—en tout semblable à l'estampe justement célèbre qui porte ce titre.

Seulement, au lieu du chien c'était Médor qui suivait la voiture noire des indigents, emportant la dépouille d'une vieille femme.