La mère de Justin avait appris ce qui se passait. Comment? En vérité, je l'ignore, mais les mères savent tout. Elle était venue, elle avait dit à Justin: «Je suis veuve, je n'ai que toi, veux-tu me faire mourir de chagrin?»
Il n'y avait point là d'exagération. La mère de Justin avait bâti son château en Espagne, celui qu'elles bâtissent toutes: le cher fils marié, la bru mieux aimée qu'une fille et les petits-enfants gâtés à outrance.
La bru, quelquefois n'est possible que de loin, elle met souvent un grain de fiel dans la réalisation de ce doux rêve, mais restent les petits qui ne se refusent jamais à l'opération du «gâtage».
Je le dis comme cela est: la mère est capable d'en mourir si on démolit son château, à l'heure où la bru, non encore éprouvée, lui apparaît angélique dans le brouillard de l'inconnu.
Or, notre beau Justin avait peu connu son père. Sa mère, maîtresse et esclave, était tout pour lui dans l'histoire de son enfance. Causer un chagrin à sa mère lui semblait chose impossible et impie. Il la suivit purement et simplement, parce qu'elle le voulait. Quel grand mal de passer huit jours au château, peut-être quinze jours? Juste le temps de lui parler raison, de la ramener, de lui faire comprendre...
Mais la première fois que Justin voulut prononcer le nom de Lily, sa mère lui prit les deux mains, et dit, les larmes aux yeux:
—Écoute, je ne te ferai jamais de reproches. C'est un malheur qu'il faut cacher. Tu as été fou, n'est-ce pas, eh bien! pourquoi parler de cela!
Elle se tut, rouge de colère ou de honte et arrêtant évidemment des paroles qui se pressaient sur ses lèvres.
Une vision traversa l'esprit de Justin. Il revit la ruelle souillée, là-bas dans le pays des chiffonniers, il revit le coquin sordide qui avait voulu embrasser Lily—et il revit Lily elle-même si étrangement belle sous ses haillons.
Oh! cela ne l'empêchait point de l'aimer, mais il n'essaya plus de parler d'elle.