Il avait le cœur brisé, c'est vrai, mais ce grand amour de sa jeunesse, cette folie le reprenait, éveillé d'une sorte de sommeil. Il revoyait Lily, son délicieux rêve. Avait-il pu seulement vivre sans elle? Comment aimait-il donc sa mère!

Si jamais, oh! si jamais il lui eût été permis d'espérer la réunion de ces deux profondes tendresses qu'un abîme séparait aujourd'hui!

Sa mère avait dit: «Il y a des choses impossibles!» mais là-bas, derrière le voile de l'avenir, Justin entrevoyait un sourire d'ange: une tête enfantine, auréolée de cheveux blonds.

Sa fille! Est-ce que sa mère résisterait aux caresses de sa fille!

Nous l'avons vu arriver au logis de la Gloriette absente, s'asseoir près du berceau vide, transformé en autel, et attendre.

En attendant il prit le portrait photographié de Lily et il eut un sourire ému en prononçant ce mot qui vient à la bouche de tout le monde, quand on voit la trace imparfaite de l'enfant dans une épreuve où la mère est «bien venue»: «Elle a bougé!»

Elle avait bougé beaucoup, car on n'apercevait qu'un flocon blanc, indécis et confus, quelque chose qui n'avait point de forme et qui pourtant était gracieux; un nuage souriant.

Mais Lily! le visage de Lily attirait le regard de Justin comme une fascination. Il y avait de la mélancolie sur ses traits, mais elle était splendidement belle.

Je ne sais quoi disait dans l'amoureux pli de ses lèvres, penchées vers le nuage, qu'elle était venue là pour avoir le portrait de l'enfant uniquement.

Je ne sais quoi disait encore que rien n'existait pour elle en dehors de l'enfant qu'on ne voyait pas, mais qu'elle regardait avec un si doux orgueil.