C'était bien vrai. Hier, il ne savait pas. Il avait vécu triste, mais calme, au château de Monceaux, abrité en quelque sorte derrière l'autorité de sa mère.

Cette passion aventureuse, cet amour de jeune fou, attiédi d'abord par la possession tranquille, avait couvé durant l'absence. Il n'y avait pas eu explosion parce que Justin était homme à s'engourdir aisément, d'abord, et ensuite parce que l'idée restait en lui, la certitude de n'avoir qu'un pas à faire pour ressaisir le bonheur abandonné.

Ils sont nombreux, ceux-là qui, comme notre beau Justin, n'écoutent qu'à la dernière extrémité le murmure paresseux de leur conscience.

Mais maintenant la dernière extrémité était atteinte. Ils s'éveillent, ceux dont je parle, avec des douleurs de lion, ou bien ils s'affaissent lâchement sur le matelas morne de l'atonie.

Justin s'arrêta une fois au moment où il allait maudire sa mère.

Il sentait grandir en lui l'amour comme une fièvre.

Il revint le premier au logis de la Gloriette. Au bout d'une heure, l'espoir l'avait saisi au collet et il s'était dit:

—Elle est là peut-être, je vais la retrouver, m'agenouiller, et si ardemment prier qu'elle me pardonnera. Je lui donnerai ma vie, toute ma vie...

Et il s'élança courant sur le quai désert.

Médor, lui, courait depuis longtemps. Il n'avait ni plan ni but, il courait pour courir.