—Veille aux voitures qui vont sortir, dit-il.

Après une demi-heure d'attente, un jeune homme très élégant sortit de l'hôtel, non pas en voiture, mais à pied.

—Voilà! dit aussitôt Similor; pas vrai qu'il est mignon, monsieur le comte?

Il voulut se lever, Saladin l'arrêta. Ce fut seulement lorsque Hector de Sabran eut fait une cinquantaine de pas en remontant vers la rue de la Chaussée-d'Antin que Saladin commença à le suivre, en disant:

—Quand même il faudrait le filer toute la journée, on saura ce qu'on veut savoir.

La première étape ne fut pas longue; monsieur le comte se rendit tout simplement au café Désiré pour lire les journaux et prendre son chocolat.

Saladin était tout guilleret. Comme Similor, dont la curiosité s'exaltait, demandait des explications avec insistance, Saladin lui toucha la joue paternellement et lui dit:

—Ma vieille, c'est une invention délicate et de longueur; on versera plus tard dans ton sein les confidences indispensables. En attendant, tu as un rôle, sois à la hauteur de la mission que je vais te confier.

La mission consistait à faire le tour du pâté de maisons pour se poser en sentinelle à l'autre entrée de la maison Désiré, dans la rue Le Peletier, tandis que Saladin resterait à la porte donnant sur la rue Laffite.

—Comme ça, dit-il, on ne pourra pas le manquer. Voilà la consigne: s'il sort de ton côté, tu le files, quand même il irait aux antipodes; tu marques toutes les maisons où il s'arrêtera, et tu viens me faire ton rapport.