Saladin, par un mouvement irrésistible où il y avait plus que de la curiosité, traversa la moitié de la rue à la rencontre du cavalier et de l'amazone, derrière lesquels se refermait le portail de l'hôtel.
Sa première pensée fut celle-ci: «Elle est trop jeune!»
Et par le fait, c'était une jeune femme pleine de grâce et de beauté qui accompagnait l'heureux comte Hector.
Sous son voile on apercevait sa figure un peu pâle mais souriante, et ses grands yeux avaient cet éclat mouillé qui n'appartient qu'à la jeunesse.
Saladin était si près que le comte Hector fut obligé d'arrêter son cheval pour ne le point heurter.
—Rangez-vous donc, imbécile, dit involontairement le jeune gentilhomme.
Saladin ne se dérangea ni ne se fâcha. Il était sous le coup d'un étonnement qui allait jusqu'à la stupéfaction.
Sa seconde pensée fut celle-ci: «C'est elle, toute pareille à autrefois! Elle n'a pas même vieilli!»
La ressemblance avec mademoiselle Saphir, sur laquelle il comptait pour reconnaître cette fée qui allait lui donner la richesse, n'existait même pas. Point n'était besoin de cela. Saladin retrouvait par une sorte de miracle, malgré l'injure de quatorze années, la jeune et belle créature qui s'était assise à quelques pas de lui jadis sur les pauvres banquettes du Théâtre Français et Hydraulique, et qui, le lendemain, avait embrassé en pleurant Petite-Reine, sa fillette adorée que, par le fait de lui, Saladin, elle ne devait jamais revoir.
Il n'y avait qu'une seule différence, encore était-elle produite par le costume que portait la Gloriette.