—Ce n'est pas leur fille, répondit Hector.

Puis avec un sourire mélancolique, il ajouta tout bas:

—Belle cousine, je suis égoïste quand je parle d'elle; j'oubliais que vous aviez aussi votre adorée folie.

—C'est vrai, murmura la duchesse qui avait aux joues une rougeur fiévreuse, je pense à elle toujours, toujours! mais cela ne m'empêche pas de vous écouter pour vous, Hector. Continuez, je vous prie.

—J'ai tout dit, répliqua le jeune comte de Sabran; nous fîmes une longue route côte à côte, comme nous voilà tous les deux, ma belle cousine; nous avions sur nos têtes l'ombre épaisse des grands arbres, et nulle rencontre ne vint troubler notre solitude. Nous parlâmes d'amour ou plutôt chaque chose que nous disions contenait une pensée d'amour. Elle n'a rien à cacher, je vous l'affirme, et son cœur se montre dans tout l'orgueil de son exquise pureté. Au bout d'une heure, nous étions des fiancés qui sont sûrs l'un de l'autre et n'ont plus à s'exprimer leur mutuelle tendresse. Qu'avions-nous dit? de ces riens que les cœurs traduisent et qui valent cent fois le serment banal d'aimer toujours.

Elle était radieuse de beauté; l'allégresse de son âme illuminait son visage; l'avenir n'avait plus d'obstacles: Dieu nous devait le bonheur!

Avant de me quitter, elle se pencha sur son cheval et me tendit son front charmant, où je déposai le premier baiser.

Les arbres de la forêt éclaircissaient déjà leurs feuillages; on voyait la route de Melun à travers une dentelle de verdure.

—À demain! me dit-elle.

Et je restai seul.