—Si fait, répondit Hector avec une sorte de répugnance, j'ai une faute à confesser... Belle cousine, une fois, j'ai eu peur de vous comme de mes amis.

—Voyons cela.

—C'était un de ces jours derniers, lors de la promenade que nous fîmes avec monsieur le duc à Maintenon, vous en calèche, moi à cheval. Il faut bien vous dire que j'ai beaucoup lutté contre cet amour et que, parfois, je me suis cru tout prêt d'être vainqueur.

—Pauvre belle Saphir! soupira madame de Chaves.

Hector, qui était en avant, se retourna et lui baisa encore la main.

—Vous êtes une sainte, dit-il, et Dieu vous fera heureuse. Ce jour-là, comme nous quittions la forêt de Maintenon, au moment où nous tournions l'angle de la route de Paris, nous avons rencontré la pauvre maison roulante où Saphir habite avec ses parents saltimbanques.

—Je l'ai vue! s'écria madame de Chaves, et je me souviens que je vous ai dit: cela ressemble à l'arche de Noé!

—Oui, fit Hector en rougissant, vous avez plaisanté, je suis lâche contre la plaisanterie de ceux que j'aime. La fenêtre de la petite cabane de Saphir était ouverte; je n'ai pas ralenti le pas de mon cheval et je ne me suis pas même retourné...

—En bonne chevalerie, dit gaiement la duchesse, voici un grand crime, mon neveu, et il vous faudra l'expier. Avons-nous demandé pardon à la dame de nos pensées?

—Je l'ai vue, répondit Hector, mais je ne lui ai pas parlé.