—Rue Tiquetonne, n° 13.

Vingt minutes après, il montait l'escalier terriblement noir de madame Lubin, seule somnambule supra-lucide de la ville de Paris.

Madame Lubin avait, à l'exemple de toutes les somnambules supra-lucides ou autres, un «médecin» qui la plongeait dans le sommeil magnétique et soignait ensuite les malades à l'aide des révélations qu'il tirait d'elle.

C'est une des branches du métier et je connais des personnes respectables qui ont beaucoup de confiance en ce genre de traitement.

L'autre branche de l'état consiste à retrouver les objets perdus et à découvrir les voleurs. Ce dernier détail, qui présente des dangers, conduit souvent mesdames les somnambules sur les bancs de la police correctionnelle.

Une ou deux même ont passé en cour d'assises drapées dans leur dignité et fort étonnées qu'on voulût les empêcher de remplir, en faisant leur cuisine, les fonctions du procureur impérial.

Il ne faut pas se dissimuler que la plupart de ces femmes cessent vite d'appartenir à la classe des charlatans. Au bout d'un an ou deux d'exercice, elles s'enivrent de leurs propres mômeries comme les sibylles antiques, et subiraient volontiers le martyre plutôt que d'avouer qu'elles n'exercent pas un sacerdoce.

Le «médecin» est rarement convaincu. Il fait ce métier-là comme il serait clerc d'huissier ou recors, et n'a pas d'autre prétention morale que de dîner tous les jours aux restaurants à quarante sous.

Quand Saladin entra chez madame Lubin, son médecin et elle étaient en train de prendre un petit verre de cassis sur le coin de la cheminée.

Ce sont en général des ménages où le médecin joue le rôle du sexe le plus faible.