Saladin secoua la tête avec lenteur.
—Ce n'est pas cela, murmura-t-il, et je ne suis pas ici pour vous prendre vos affaires. Il y a là-dedans des intérêts engagés, des intérêts majeurs, dont moi seul puis avoir connaissance, à cause de mes nobles relations dans le grand monde. Souvenez-vous de cette fable ingénieuse Le Coq et la Perle; il y a dans la vie des occasions dont le vulgaire ne peut pas profiter.
—Le vulgaire! répéta madame Lubin scandalisée.
—Bonne madame, répliqua Saladin avec condescendance, vous êtes une femme comme il faut, c'est certain, mais, vis-à-vis d'un homme tel que moi, vous appartenez au vulgaire.
Puis, se levant et rejetant en arrière sa tête d'oiseau, il ajouta:
—Je cache sous l'apparence d'un simple coulissier de remarquables destinées. Ne vous en étiez-vous pas doutée?
Madame Lubin, quoiqu'elle ne travaillât pas en foire, appartenait, elle aussi, très énergiquement, à la classe des gens qui vivent d'illusions et respirent le roman par tous les pores.
Comme elle gagnait sa vie à jouer un rôle, les choses théâtrales avaient un grand empire sur elle. Son regard changea d'expression, tandis qu'elle contemplait Saladin, grandi d'une demi-coudée.
—C'est vrai, balbutia-t-elle, que vous avez quelque chose d'étonnant! Et mon docteur n'aurait pas pris la porte comme cela pour tout le monde. Qu'est-ce qu'il y a pour votre service?
Saladin répondit: