«Et je suivais mon travail avec la patience d'un Huron cherchant des traces sur le sentier de la guerre.
«Je passai un an et un mois à promener Maria dans Paris, lui faisant examiner tour à tour chaque objet, surtout chaque aspect ou chaque paysage. Elle ne reconnaissait rien. Ce fut le treizième mois seulement, et cela peut vous donner la mesure de ma patience, que j'obtins dans la même journée deux chocs successifs qui furent pour moi le premier trait de lumière appréciable.
«Au Jardin des Plantes d'abord, où jamais je ne l'avais conduite, elle me parut inquiète, incertaine. Comme je l'examinais avec un soin minutieux, je la vis rougir et pâlir.
«Des enfants jouaient dans le bosquet qui longe la rue Buffon; elle fit un mouvement comme pour courir vers eux...
La duchesse écoutait avec une passion croissante, et son âme passait dans son regard qui dévorait monsieur le marquis de Rosenthal.
—Ce fut tout, continua celui-ci, et cela s'évanouit comme un éclair. Je fis sortir Maria par la rue Buffon, et je la conduisis aux environs, sur le boulevard de l'Hôpital et sur le quai de la Gare. Je n'obtins aucun résultat.
«Comme nous arrivions à la place Valhubert, son regard s'éclaira vaguement. Nous traversâmes le pont d'Austerlitz et j'entendis sa respiration se presser dans sa poitrine.
«—Reconnais-tu quelque chose? demandai-je.
«Elle poussa un petit cri, ses yeux dilatés se fixèrent sur une danseuse de corde qui travaillait au bord de l'eau en face de la rue Lacuée.
—Mon Dieu! Mon Dieu! murmura Lily dont les mains se joignaient convulsivement.